
Depuis plusieurs années, le discours dominant est clair : l’intelligence artificielle progresse à une vitesse fulgurante, dépassant parfois l’humain dans des domaines clés comme la mémoire, le calcul, l’analyse ou même la créativité. Face à cette montée en puissance, une inquiétude revient sans cesse : l’IA va-t-elle nous remplacer ?
Pourtant, une approche différente — presque dérangeante — mérite d’être posée. Et si le vrai problème n’était pas que l’IA devienne plus intelligente, mais que l’humain délègue progressivement sa propre intelligence ?
Une intelligence artificielle qui comble nos renoncements
L’IA n’est pas née intelligente par elle-même. Elle est le produit de décisions humaines : automatiser, simplifier, accélérer. Chaque fois que nous confions une tâche cognitive à une machine — chercher une information, écrire un texte, calculer un itinéraire, prendre une décision — nous faisons un choix rationnel : gagner du temps et réduire l’effort.
Le problème n’est pas cet usage en soi. Le problème apparaît lorsque l’effort disparaît totalement. Lorsque réfléchir devient optionnel. Lorsque comprendre est remplacé par consommer une réponse toute faite.
À force d’optimisation, nous risquons de transformer l’intelligence humaine en simple interface de validation.
La paresse cognitive, nouveau bug de l’humanité
L’humain n’est pas moins intelligent biologiquement qu’il y a cinquante ans. En revanche, il est moins entraîné. Moins confronté à la complexité. Moins habitué à douter, à chercher, à structurer sa pensée sur la durée.
Les algorithmes nous mâchent l’information, trient le réel, hiérarchisent ce que nous voyons. Résultat : notre cerveau travaille moins en profondeur. Nous réagissons plus que nous ne réfléchissons. Nous scrollons plus que nous analysons.
L’IA, dans ce contexte, ne fait que remplir un vide que nous avons nous-mêmes creusé.
Quand l’outil devient le pilote
Historiquement, les outils ont toujours augmenté l’humain. Mais ils ne décidaient pas à sa place. Aujourd’hui, l’IA ne se contente plus d’assister : elle suggère, oriente, anticipe, parfois impose.
Ce glissement est subtil mais fondamental. Plus nous faisons confiance aux systèmes automatisés, moins nous remettons leurs résultats en question. Or, ne plus questionner, c’est déjà abandonner une part de son intelligence.
L’IA devient alors performante non pas parce qu’elle est supérieure, mais parce qu’elle est la seule encore pleinement mobilisée.
Réhabiliter l’effort intellectuel à l’ère de l’IA
La solution n’est pas de ralentir l’IA, ni de la diaboliser. Elle est là, et elle est utile. La vraie urgence est ailleurs : réapprendre à penser avec elle, et non à sa place.
Cela implique de conserver des zones de friction : écrire sans aide parfois, calculer mentalement, confronter des idées contradictoires, accepter l’inconfort du doute. L’intelligence humaine se forge dans l’effort, pas dans la fluidité parfaite.
L’IA devrait être un partenaire exigeant, pas une béquille permanente.
Conclusion : l’intelligence n’est pas un stock, c’est une pratique
Dire que l’IA devient plus intelligente est peut-être un raccourci. Elle devient surtout plus performante parce qu’elle est constamment sollicitée. L’humain, lui, risque de devenir spectateur de sa propre pensée.
L’enjeu n’est donc pas technologique, mais profondément culturel. Voulons-nous d’un futur où l’intelligence est externalisée, ou d’un monde où l’IA nous pousse à redevenir pleinement intelligents ?
Et vous, utilisez-vous l’IA comme un amplificateur de votre réflexion… ou comme un substitut ?
La discussion est ouverte.
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